Enseignements essentiels
- Nous ne sommes pas appelés à être invincibles.
- La vraie force est de savoir où s’attacher.
- La marée basse ne signifie pas l’abandon.
- On ne bâtit pas une vie sur le sable mouvant.
- La fidélité peut être petite, silencieuse et victorieuse.
Histoire
À marée basse, la baie du Mont-Saint-Michel ressemblait à un désert humide. La mer s’était retirée si loin qu’on aurait pu croire qu’elle avait abandonné le monde.
Un homme marchait seul. Il s’appelait Élias. Il n’était pas venu admirer l’abbaye, mais parce qu’il ne savait plus où poser son cœur.
Depuis des mois, tout s’était retiré de sa vie comme la mer dans la baie : sa paix, sa joie, sa confiance, sa prière.
Enfant, sa grand-mère lui disait :
— Quand tu ne sais plus où aller, cherche le rocher.
Au pied d’un rocher sombre, il vit une petite coquille accrochée à la pierre : une patelle.
Rien d’impressionnant. Rien de majestueux. Pourtant, elle tenait. La mer était partie, le soleil chauffait la roche, le vent salé passait, les pas des hommes approchaient. Mais elle restait là, collée au rocher.
Élias essaya doucement de la toucher. Elle ne bougea pas. Il força un peu. Elle résista.
Il comprit : cette petite créature n’était pas forte parce qu’elle était grande, dominante ou capable de fuir. Elle était forte parce qu’elle savait à quoi s’attacher.
Une phrase monta en lui :
— Dieu ne me demande pas d’être le rocher. Il me demande de rester attaché au Roc.
Élias comprit qu’il avait longtemps voulu être solide tout seul : dans sa foi, son travail, ses relations, ses combats, ses blessures. Il voulait être un rocher. Mais il n’était pas un rocher.
Il leva les yeux vers le Mont. Le rocher demeurait. Sur ce rocher, les hommes avaient bâti une abbaye, comme si l’architecture disait :
— On ne bâtit pas une vie sur le sable mouvant. On la bâtit sur ce qui demeure.
Élias pensa à tout ce qu’il avait bâti sur le regard des autres, la réussite, l’efficacité, la force mentale, le contrôle, la peur de décevoir.
Alors il murmura :
— Seigneur, sois mon Roc.
Plus tard, quelqu’un cria que la marée allait remonter. Élias regarda la patelle. Bientôt, les vagues reviendraient. Mais elle ferait simplement ce qu’elle savait faire : demeurer attachée.
Le soir, dans l’abbaye, Élias pria :
— Dieu de miséricorde, quand la mer se retire, garde-nous attachés à toi. Quand les vagues reviennent, garde-nous attachés à toi. Nous ne sommes pas le rocher. Tu es notre Roc.
Son cœur n’était pas guéri. Mais il ne se sentait plus seul.
Morale
Questions introspectives
- Quel est mon rocher aujourd’hui ?
- Quelle marée s’est retirée dans ma vie ?
- À quoi est-ce que je m’accroche quand je souffre ?
- Est-ce que j’accepte d’être petit ?
- Quelle phrase pourrais-je répéter dans la tempête ?
- Quelle petite fidélité puis-je poser aujourd’hui ?
Prière interreligieuse
Dieu unique, Créateur du ciel et de la terre, Toi que les chrétiens invoquent comme Père plein de tendresse, Toi que les musulmans appellent le Très Miséricordieux, nous nous tournons vers toi avec respect, humilité et confiance.
Quand la mer de notre vie se retire, quand la paix semble s’éloigner, quand nos forces diminuent, aide-nous à ne pas nous détacher de toi.
Apprends-nous à ne pas bâtir notre vie sur le sable mouvant de l’orgueil, du regard des autres, de la réussite passagère, de la peur ou du contrôle.
Quand les vagues reviennent, garde-nous attachés à toi. Quand la tempête fait du bruit, garde-nous dans la paix. Quand nous ne comprenons plus, garde-nous dans l’espérance.
Nous ne sommes pas le rocher. Mais toi, Seigneur, tu demeures. Garde-nous attachés à toi, comme la patelle demeure attachée au rocher.
Amen.